Le nom de cette posture, ou plutôt de ces postures, est souvent traduit par posture du guerrier (1, 2 ou 3) et  fait référence à la mythologie indienne. Voici la légende de Virabhadra, telle qu'elle m'a été racontée par mon professeur de Yoga.

Le dieu Shiva et sa compagne Sati vivaient une vie douce et remplie d'amour  dans leur demeure située au Mont Kailash, dans l'Himalaya. L'amour était très fort entre eux, pour eux, tout était pour ainsi dire "pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles". Shiva symbolise la Conscience, Sati est sa Shakti, l'Energie, Conscience et Energie étaient en parfait équilibre.

Sati était la fille de Daksha, le maitre des sacrifices dans le panthéon hindou : Celui-ci était l'organisateur des sacrifices pour les dieux. Un jour, Daksha décida d'organiser un grand sacrifice en l'honneur de tous les dieux, la plus grande et magnifique fête jamais organisée. Mais il ne veut pas inviter Shiva. (Il faut savoir que Shiva était  un dieu vénéré et craint du fait de sa force et de sa puissance, mais il était également méprisé car il ne respectait pas grand chose des processus du monde, ni du dharma, ni du karma, s'entourant de gens étranges. Il était aussi un provocateur et  faisait des ascèses interminables. Son érotisme était également peu dissimulé).

Quelques temps avant cette grande fête, Sati, l'épouse de Shiva rendit visite à Daksha, son père. Elle se rendit bien sûr compte que des festivités se préparaient et qu'elles étaient de grande ampleur. Elle s'étonna alors de ne pas avoir reçu d'invitation, ni pour elle, ni pour son époux. Son père, le ton grave, lui dit qu'il ne voulait ni d'elle, ni de Shiva à cette fête et que le fait qu'il ait été obligé de donner sa fille en mariage à Shiva était bien suffisant d'autant plus que Shiva n'était pas un dieu fréquentable.

Se disant que Shiva serait très en colère, Sati supplia longuement son père de changer d'avis, de revenir sur sa décision et de faire l'invitation. Mais Daksha resta inflexible. De désespoir, Sati se jeta alors dans le grand feu déjà allumé pour le sacrifice. Elle mourut.

Une des servantes de Sati qui l'avait accompagné dans son voyage vit cela et, horrifiée, retourna à la demeure de Shiva, au Mont Kailash, tout en haut de l'Himalaya. Shiva était là, attendant que son amour, que sa Shakti revienne de voyage.

La servante en pleurs était pétrifiée et n'arrivait pas dans son désespoir à raconter ce qui s'était passé. Shiva, transcendant alors les espaces différents des pensées, vit ce qui s'était passé à travers le mental et les yeux de la servante.

Il entra alors dans une fureur terrible, une colère immense, non pas à cause de l'invitation non faite mais bien sûr à cause de la mort de son amour.

Il prit alors un cheveu de son chignon, l'arracha, le jeta au sol avec fureur et le transforma en un guerrier magnifique et héroïque, Virabhadra. Celui-ci était un condensé de la fureur et de la douleur de Shiva.

Shiva lui dit : "Va, détruis le sacrifice et la fête et ramène moi la dépouille de Sati"

Virabhadra, puissant comme un  guerrier inégalée partit, alla au sacrifice, détruit tout devant les dieux de la Terre et de l'espace déjà présents. Il détruit absolument tout et tua Daksha en le décapitant. En faisant cela, il s'opposait à des dieux terribles tels que Brahma, Vishnu, Rudra, Indra, etc, tous détenteurs d'une extraordinaire puissance. Toutes ces puissances réunies s'élevèrent contre Virabhadra et il fut presque vaincu. Presque. Il puisa dans son propre héroïsme, la force de rentrer à la demeure de Shiva et de ramener la dépouille de Sati. Il était blessé, presque détruit, mais il réussit sa mission et déposa Sati aux pieds de Shiva.

Le regard de feu de Shiva retransforma Virabhadra en un cheveu et Shiva le remit dans son chignon.

Shiva pleura sans fin, embrassant le corps de Sati ignorant la mort, tant elle était belle.

La légende dit que Shiva pleura tant que les eaux du monde montèrent dangereusement. Mais un autre problème se posait : Daksha étant mort, il n'y avait plus de maitre des sacrifices et sans offrandes régulières, que deviennent les dieux ? Alors, l'ensemble des dieux vient implorer Shiva d'arrêter de pleurer, de se ressaisir, de reprendre son ascèse et de redonner un corps vivant au maitre des sacrifices. Shiva demanda alors à un serviteur d'amener la tête du premier animal qu'il rencontrerait. Ce fut la tête d'un bouc que le serviteur ramena. Elle fut placée sur le corps décapité de Daksha, et c'est ainsi qu'est sa représentation actuelle.

Shiva partit ensuite marcher dans le monde, avec la dépouille de Sati sur le dos. Mais le corps tombait en morceaux : ici tombait un bras, là une jambe, etc. On dit que chacun des endroits où s'est déposé un morceau du corps de Sati, est devenu un lieu saint de la Shakti (c'est pour cela qu'on trouve en Inde plusieurs lieux saints dédiés à Shiva et Shakti).

Cette légende symbolise les qualités que l'on va trouver dans la posture : elle est puissante, héroïque, nécessite  de l'endurance et développe en nous ces mêmes qualités.

La posture se décline en fait en plusieurs postures :

Virabhadrasana I, qui correspond à l'arrivée du guerrier sur les lieux de la bataille avec une épée dans chacune des mains.

warrior 1

 

Virabhadrasana II symbolise le moment où il voit Daksha, son ennemi

warrior 2

 

Virabhadrasana III symbolise le moment où il décapite Daksha avec un mouvement souple et précis.

warrior 3

 

Il existe également la posture de Viparita Virabhadrasana, qui correspond à la réussite de Virabhadra, le guerrier victorieux de Daksha, déclinée en deux versions :

viparita-virabhadrasana 1

et

 

viparita-virabhadrasana 2